Les étapes du deuil : comprendre ce que l'on traverse
Après un décès, beaucoup de personnes se posent la même question, souvent sans oser la formuler : est-ce normal de ressentir cela ? La colère, l'impression d'irréalité, la fatigue ou les larmes qui surgissent sans prévenir déroutent, parce que personne ne nous apprend à vivre un deuil. Les étapes du deuil offrent des repères pour mettre des mots sur ce que l'on traverse.
Publié le 23 octobre 2026

En bref (TL;DR) : le modèle le plus connu, celui d'Elisabeth Kübler-Ross, décrit cinq étapes : déni, colère, marchandage, dépression et acceptation. Ces étapes ne sont ni obligatoires ni ordonnées : chaque deuil suit son propre chemin (sante.fr). Les classifications médicales ne parlent de deuil prolongé qu'au-delà de six à douze mois, avec une souffrance qui empêche de vivre (CN2R). En cas de doute, le médecin traitant reste le premier interlocuteur.
Qu'est-ce que le processus de deuil ?
Le deuil est un processus naturel qui suit la perte définitive d'un être cher, selon le Centre national de ressources et de résilience (CN2R). Son enjeu, pour la personne endeuillée, est de vivre autrement son lien avec le défunt : la relation évolue peu à peu vers un lien intérieur, qui permet de retrouver une forme de paix sans effacer le souvenir (CN2R, dossier deuil). On ne « fait » donc pas son deuil : on le vit, à son rythme.
Le deuil touche à la fois l'esprit et le corps. Parmi les manifestations fréquentes, décrites par le CN2R :
- une tristesse profonde et le désir intense de revoir la personne disparue ;
- des pensées et des souvenirs qui s'imposent, parfois au point de croire l'entendre ou l'apercevoir ;
- un sentiment de vide, de solitude et d'inquiétude face à l'avenir ;
- de la colère, de la culpabilité ou des remords ;
- une fatigue, des troubles du sommeil, des difficultés à se concentrer, voire des douleurs physiques.
Ces réactions, aussi intenses soient-elles, font partie du deuil. Elles ne disent rien d'une faiblesse ni d'un manque d'amour.
Les 5 étapes du deuil selon Elisabeth Kübler-Ross
Le modèle des cinq étapes vient d'Elisabeth Kübler-Ross, psychiatre d'origine suisse installée aux États-Unis, née en 1926 et morte en 2004 (Dictionnaire historique de la Suisse). Elle l'a présenté en 1969 dans son livre On Death and Dying, traduit en français sous le titre Les derniers instants de la vie (Labor et Fides, 1975). Point souvent oublié : elle décrivait d'abord le vécu de malades en fin de vie face à l'annonce de leur propre mort, et non celui des proches endeuillés. Il reste le repère le plus cité, à lire comme une description possible et non comme un programme.
| Étape | Ce que l'on peut ressentir | Exemple de pensée |
|---|---|---|
| Déni | Incrédulité, sidération, impression d'irréalité | « Ce n'est pas possible. » |
| Colère | Révolte contre le sort, le défunt, les soignants ou soi-même | « Pourquoi lui, pourquoi maintenant ? » |
| Marchandage | Retour en arrière, scénarios refaits, culpabilité | « Si seulement j'avais appelé plus tôt… » |
| Dépression | Tristesse profonde, vide, retrait | « Plus rien n'a de sens. » |
| Acceptation | Adaptation progressive à l'absence | « Il me manque, mais je peux avancer. » |
Le déni et le choc
À l'annonce du décès, beaucoup de personnes décrivent un état de sidération, même lorsque la mort était attendue après une longue maladie. Le choc et l'incrédulité durent généralement quelques heures, au plus quelques jours (sante.fr). Ce mécanisme protège : il permet souvent de tenir pendant l'organisation des obsèques, de faire les démarches, de recevoir les proches. C'est parfois après la cérémonie, lorsque l'entourage se fait plus discret, que la réalité de la perte s'impose vraiment et que la douleur se fait plus vive.
La colère
La colère peut viser le destin, la personne disparue, les soignants, l'entourage ou soi-même. Elle surprend, parfois elle fait honte, alors qu'elle est fréquente. Ressentir de la colère est une réaction normale du deuil ; c'est sa persistance dans le temps qui doit amener à en parler à un professionnel (sante.fr).
Le marchandage
Le marchandage prend la forme de pensées en « si seulement » : si l'on avait insisté pour une consultation, si l'on était resté plus longtemps à l'hôpital. Cette étape traduit une tentative de reprendre le contrôle sur un événement qui échappe à tout contrôle. Elle s'accompagne souvent de culpabilité, rarement justifiée.
La dépression ou la tristesse
C'est souvent la période la plus longue et la plus lourde : la réalité de l'absence s'installe. Tristesse, fatigue, perte d'intérêt pour ce qui comptait auparavant. Une déprime de quelques mois fait partie du deuil ; si elle devient chronique, il faut consulter (sante.fr). Le mot « dépression » employé par Kübler-Ross désigne ici une tristesse normale, à distinguer d'une dépression au sens médical, que seul un médecin peut diagnostiquer.
L'acceptation
L'acceptation ne signifie pas oublier ni « aller bien » comme avant. Elle correspond à une adaptation : la personne réorganise sa vie autour de l'absence, même si la tristesse ne disparaît jamais complètement (sante.fr). Le souvenir devient plus doux, les projets reviennent, et il redevient possible de penser au défunt sans être submergé.
À retenir
les cinq étapes de Kübler-Ross décrivent des réactions fréquentes, pas un parcours obligatoire. Kübler-Ross elle-même a précisé, dans un livre coécrit avec David Kessler (On Grief and Grieving, 2005), qu'elles ne se succédaient pas de façon linéaire.
D'autres façons de décrire le deuil
Le modèle des cinq étapes n'est pas le seul. Des cliniciens et des chercheurs ont proposé d'autres lectures, souvent plus proches de ce que vivent les personnes endeuillées.
Les quatre phases décrites par Christophe Fauré
Le psychiatre Christophe Fauré, auteur de Vivre le deuil au jour le jour, décrit quatre grandes phases :
- le choc et la sidération, dans les heures et les jours qui suivent le décès ;
- la fuite et la recherche, où l'on cherche encore la présence de la personne disparue tout en évitant ce qui rappelle sa mort ;
- la déstructuration, lorsque la réalité de l'absence s'impose et que l'on mesure tout ce que l'on a perdu, y compris une part de son identité ;
- la restructuration, où l'on reconstruit progressivement une vie et un lien intérieur avec le défunt.
Le modèle du double processus
Les chercheurs Margaret Stroebe et Henk Schut ont proposé le modèle du double processus (revue Death Studies, 1999). Selon eux, la personne endeuillée oscille entre deux mouvements : se tourner vers la perte (pleurer, se souvenir, regarder des photos) et se tourner vers la reprise de la vie (gérer le quotidien, apprendre de nouveaux rôles, s'accorder des moments de répit). Ce modèle aide à déculpabiliser les jours où l'on rit ou pense à autre chose.
Et les « 7 étapes du deuil » ?
On trouve souvent en ligne une version en sept étapes, qui ajoute en général le choc et la reconstruction aux cinq étapes classiques. Elle ne repose sur aucune référence scientifique identifiée : c'est une variante de vulgarisation.
Un chemin propre à chacun, rarement linéaire
Les autorités de santé, via sante.fr, insistent sur ce point : il n'existe pas d'étapes incontournables, et chaque deuil suit son propre cheminement selon la personne, sa culture et les circonstances du décès (sante.fr, page « Après la mort, le deuil »). On peut ressentir de la colère avant le choc, passer par l'acceptation puis revenir à une tristesse aiguë, ou ne jamais reconnaître l'une des étapes. Certaines dates ravivent la douleur alors que l'on pensait aller mieux : l'anniversaire du défunt, les premières fêtes, les premières vacances sans lui (CN2R). Ces retours en arrière apparents font partie du deuil.
Plusieurs éléments influencent le chemin de chacun :
- les circonstances du décès, en particulier une mort brutale, violente ou inattendue ;
- la nature de la relation avec la personne disparue ;
- le soutien de l'entourage, ou au contraire l'isolement ;
- la possibilité de dire au revoir et de participer aux rites funéraires (CN2R).
Les rites jouent un rôle important : ils aident à prendre conscience de la séparation en étant entouré (CN2R). Nos équipes accompagnent les familles dans ces moments : découvrez les différentes façons de rendre hommage à un proche disparu.
À retenir
vous ne « ratez » pas votre deuil si vous ne reconnaissez pas les étapes décrites. Il n'existe pas de bonne façon de vivre une perte.
Combien de temps dure un deuil ?
Il n'existe pas de durée normale valable pour tous. La première année est souvent la plus difficile, parce qu'elle est faite de « premières fois » sans la personne disparue. L'Organisation mondiale de la santé (OMS), dans la CIM-11, parle de trouble du deuil prolongé lorsque la réaction de deuil persiste au-delà de six mois et dépasse nettement les normes culturelles et sociales (CN2R, d'après la CIM-11). Le manuel américain DSM-5-TR retient un délai d'au moins un an pour les adultes, six mois pour les enfants et les adolescents (CN2R).
| Repère | Ce qu'il signifie |
|---|---|
| Quelques heures à quelques jours | Durée habituelle du choc initial |
| Premiers mois | Tristesse, manque et fatigue souvent au premier plan |
| Au-delà de 6 mois (CIM-11) | Un deuil prolongé peut être envisagé si la souffrance reste intense et invalidante |
| Au-delà de 12 mois (DSM-5-TR, adulte) | Seuil retenu par la classification américaine |
Ces seuils ne signifient pas qu'il faudrait « aller mieux » au bout de six mois. La plupart des deuils évoluent favorablement ; une personne sur dix connaîtrait un deuil prolongé au moins une fois dans sa vie (CN2R). Seul un médecin peut poser ce diagnostic.
Quand demander de l'aide ?
Il est utile de demander de l'aide dès que la souffrance devient trop lourde à porter seul. Demander de l'aide n'est pas réservé aux situations graves. Parler à quelqu'un de neutre peut soulager à tout moment du deuil. Certains signes doivent toutefois amener à consulter (sante.fr, CN2R) :
- une colère qui persiste ou une tristesse qui devient chronique ;
- l'impossibilité de reprendre les activités du quotidien au fil des mois ;
- un isolement qui s'installe, le sentiment que la vie n'a plus de sens ;
- une santé physique qui se dégrade.
Le médecin traitant est le premier interlocuteur : il peut évaluer la situation et orienter vers un psychologue, un psychiatre ou une association spécialisée (CN2R). Notre article Deuil : quels professionnels consulter pour être accompagné ? détaille leurs rôles. Si le décès a été brutal ou violent et que des images reviennent sans cesse, lisez aussi le deuil peut-il provoquer un stress post-traumatique ?.
Si vous avez des idées suicidaires, ou si vous vous inquiétez pour un proche, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et joignable 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 (sante.fr). En cas de danger immédiat, composez le 15.
FAQ
Selon le modèle d'Elisabeth Kübler-Ross, les cinq étapes du deuil sont le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l'acceptation. Elles décrivent des réactions fréquentes, pas un ordre obligatoire.
La version en sept étapes, répandue en ligne, ajoute en général le choc et la reconstruction aux cinq étapes de Kübler-Ross. Elle ne repose sur aucune référence scientifique identifiée.
Il n'existe pas de durée normale. La première année est souvent la plus difficile. Les classifications médicales n'envisagent un deuil prolongé qu'au-delà de six mois (OMS) ou d'un an (DSM-5-TR, adultes), avec une souffrance intense et invalidante.
On parle de trouble du deuil prolongé lorsque la souffrance reste intense, envahissante et invalidante bien au-delà des normes culturelles, au moins six mois après le décès selon l'OMS. Seul un médecin peut poser ce diagnostic.
Non. Il n'existe pas d'étapes incontournables : certaines personnes ne reconnaissent pas certaines étapes, d'autres les vivent dans un ordre différent ou plusieurs à la fois.
En s'autorisant à ressentir ce qui vient, en parlant de la personne disparue avec des proches de confiance, en s'appuyant sur les rites et les moments de mémoire, et en demandant de l'aide lorsque la souffrance devient trop lourde.
En résumé
Les étapes du deuil sont des repères pour comprendre ce que l'on traverse, pas un parcours à suivre. Le modèle de Kübler-Ross (déni, colère, marchandage, dépression, acceptation) reste le plus connu, mais il a été conçu pour des malades en fin de vie et ne décrit pas un ordre obligatoire. Chaque deuil a son rythme. Si la souffrance s'installe et empêche de vivre, le médecin traitant est la première porte à pousser.
Cet article a une vocation d'information générale et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un psychologue. En cas de souffrance persistante, consultez votre médecin traitant ; en cas d'idées suicidaires, appelez le 3114.
Rédigé par l'équipe éditoriale SF Leclerc, réseau de pompes funèbres qui accompagne les familles avant, pendant et après les obsèques.




