Expérience de mort imminente : ce que dit la recherche

Une lumière intense, la sensation de flotter au-dessus de son propre corps, un sentiment de paix profonde, parfois la présence d'un proche disparu : certaines personnes revenues d'un arrêt cardiaque ou d'un accident grave décrivent des souvenirs d'une étonnante netteté. Ces récits, anciens et présents dans de nombreuses cultures, font aussi l'objet de recherches médicales. Cet article présente ce que la science sait aujourd'hui de l'expérience de mort imminente, ce qu'elle parvient à mesurer, et les nombreuses questions qui restent ouvertes.

Publié le 23 octobre 2026

Aquarelle : un paysage brumeux et des oiseaux

En bref (TL;DR) : une expérience de mort imminente (EMI, ou NDE en anglais) est un ensemble de perceptions vécues lors d'une situation proche de la mort : paix, sortie du corps, lumière, rencontre de proches décédés. Elle concerne environ 10 à 20 % des survivants d'un arrêt cardiaque selon les études (The Lancet, 2001 ; Resuscitation, 2023). La recherche observe une activité cérébrale au moment critique, sans expliquer entièrement le phénomène.

Qu'est-ce qu'une expérience de mort imminente ?

Une expérience de mort imminente désigne les perceptions qu'une personne rapporte après s'être trouvée au seuil de la mort, ou après avoir cru l'être. Elle survient le plus souvent lors d'un arrêt cardiaque, d'un traumatisme grave, d'une noyade ou d'une complication opératoire, mais aussi dans des situations seulement vécues comme mortelles (Kondziella, Ugeskrift for Læger, 2021). L'expression s'est imposée avec le psychiatre américain Raymond Moody, dont l'ouvrage La vie après la vie, paru en 1975, rassemblait des témoignages de personnes réanimées. En anglais, on parle de near-death experience (NDE). Pour une explication des étapes physiologiques de la fin de vie, consultez notre article que se passe-t-il quand on meurt ?.

Les éléments les plus souvent décrits

D'un récit à l'autre, les mêmes éléments reviennent, sans qu'ils soient tous présents chez une même personne :

  • un sentiment de paix ou de bien-être intense, parfois l'absence totale de douleur ;
  • l'impression de sortir de son corps et de voir la scène d'en haut, appelée décorporation ;
  • le passage dans un tunnel ou un espace sombre ;
  • une lumière très vive, souvent décrite comme bienveillante ;
  • la rencontre de proches décédés ou d'une présence ;
  • une revue de sa vie, en quelques instants ;
  • une frontière à ne pas franchir, puis le retour dans le corps, parfois vécu à regret.

La plupart des personnes décrivent l'expérience comme apaisante. D'autres la vivent comme angoissante, ce qui est moins connu et souvent moins raconté.

Comment les chercheurs identifient une EMI

Pour comparer des récits très personnels, les chercheurs utilisent des questionnaires standardisés. Le plus connu est l'échelle de Greyson, publiée en 1983 par le psychiatre américain Bruce Greyson dans le Journal of Nervous and Mental Disease. Elle compte 16 questions regroupées en quatre thèmes : la pensée, les émotions, les perceptions inhabituelles et la dimension transcendante (Greyson, 1983). Chaque réponse vaut de 0 à 2 points, pour un total de 32 ; un score de 7 ou plus est généralement retenu pour parler d'expérience de mort imminente. Cet outil ne dit rien de la cause du phénomène : il permet seulement de comparer les témoignages de façon homogène.

Ce que montrent les grandes études

Trois grandes études ont marqué la recherche sur les expériences de mort imminente. Elles ont été publiées dans des revues médicales à comité de lecture, ce qui permet d'en connaître précisément la méthode et les limites.

ÉtudeAnnéeParticipantsRésultat principal
Van Lommel et al., The Lancet (Pays-Bas)2001344 patients réanimés après un arrêt cardiaque62 récits d'EMI, soit 18 %
AWARE II, Resuscitation (États-Unis, Royaume-Uni)2023567 arrêts cardiaques à l'hôpital, 28 survivants interrogés6 récits d'expérience transcendante, soit 21 % des entretiens
Xu, Borjigin et al., PNAS (États-Unis)20234 patients en fin de vie sous EEGSursaut d'activité cérébrale chez 2 patients

L'étude néerlandaise du Lancet

En 2001, le cardiologue Pim van Lommel et son équipe publient dans The Lancet une étude menée dans dix hôpitaux néerlandais auprès de 344 patients réanimés après un arrêt cardiaque (The Lancet, vol. 358, 2001). Au total, 62 d'entre eux, soit 18 %, rapportent une expérience de mort imminente, dont 41 une expérience dite profonde. Les auteurs n'observent pas de lien avec la durée de l'arrêt cardiaque ni avec les médicaments reçus.

Ils suivent aussi les patients deux et huit ans plus tard et décrivent une transformation de leur rapport à la vie qui s'étale sur plusieurs années. Cette étude reste une référence parce qu'elle est prospective : les patients sont interrogés de façon systématique peu après leur réanimation, et non recrutés parmi des personnes qui se sont déjà manifestées.

L'étude AWARE II

Publiée en 2023 dans la revue Resuscitation, l'étude AWARE II, dirigée par le Dr Sam Parnia (NYU Langone, New York), a suivi des arrêts cardiaques survenus dans 25 hôpitaux américains et britanniques. Sur 567 arrêts, 53 patients ont survécu et 28 ont pu être interrogés ; 11 ont rapporté des souvenirs ou des perceptions de la réanimation, dont 6 une expérience transcendante (Resuscitation, juillet 2023). Pour tester la perception, un écran affichait une image et un casque diffusait un son pendant la réanimation : personne n'a reconnu l'image, et un seul patient a identifié le son.

L'électroencéphalogramme a par ailleurs montré une activité proche de celle de l'éveil (ondes delta, thêta et alpha) jusqu'à 35 à 60 minutes après le début de la réanimation, malgré un cerveau très peu oxygéné.

Une activité cérébrale au moment de mourir

Toujours en 2023, une équipe de l'université du Michigan a publié dans PNAS l'enregistrement de l'activité cérébrale de quatre patients en coma, au moment de l'arrêt de l'assistance respiratoire décidé avec leurs familles (PNAS, mai 2023). Chez deux d'entre eux, les chercheurs ont observé un sursaut d'ondes gamma, un type d'activité associé à la conscience, dans les régions postérieures du cerveau. Les auteurs restent prudents : rien ne dit que ces patients aient vécu quoi que ce soit, et ce sursaut pourrait refléter un processus propre à l'agonie, sans lien avec une expérience consciente. Ces résultats portent sur un très petit nombre de personnes.

À retenir

les études récentes montrent que le cerveau ne s'éteint pas d'un coup et qu'une activité organisée peut apparaître au moment critique. Elles reposent toutefois sur de petits effectifs et ne prouvent ni une perception réelle de l'environnement, ni une explication définitive du phénomène.

Les hypothèses scientifiques pour expliquer l'EMI

Aucune explication ne fait aujourd'hui consensus, et plusieurs mécanismes pourraient se combiner. Les principales pistes étudiées sont les suivantes :

  • le manque d'oxygène dans le cerveau (hypoxie), qui modifie l'activité des neurones, en particulier dans les zones de la perception et de la mémoire ;
  • la libération de neurotransmetteurs, comme la sérotonine ou la dopamine, qui pourrait expliquer le sentiment de calme ;
  • la jonction temporo-pariétale, une région du cerveau dont la perturbation peut provoquer une sensation de sortie du corps ;
  • les récepteurs NMDA, sur lesquels agit la kétamine, un anesthésique qui peut induire des expériences proches de l'EMI ;
  • l'intrusion du sommeil paradoxal dans l'éveil, c'est-à-dire des éléments de rêve qui surgissent alors que la personne n'est pas endormie (Kondziella, 2021).

En 2021, une équipe des universités de Liège et de Copenhague, dont le Coma Science Group liégeois, a proposé, dans la revue Brain Communications, une hypothèse évolutive : l'EMI dériverait de la thanatose, ce réflexe de « faire le mort » observé chez de nombreux animaux face à un prédateur. En 2025, des chercheurs du même groupe liégeois ont publié dans Nature Reviews Neurology un modèle d'ensemble baptisé NEPTUNE, qui associe facteurs neurophysiologiques, psychologiques et évolutifs. En 2019, ce groupe avait aussi montré, dans Scientific Reports, que l'hypnose permettait à cinq volontaires de revivre certains aspects de leur EMI sous électroencéphalogramme.

Ces travaux se heurtent à une limite pratique : pendant une réanimation, la priorité est de sauver le patient, pas de l'observer. Les récits sont recueillis après coup, et la mémoire peut les reconstruire. Certains chercheurs estiment par ailleurs que les explications purement biologiques ne rendent pas compte de toute la richesse des témoignages. Le débat reste ouvert.

Vivre après une expérience de mort imminente

Beaucoup de personnes décrivent un avant et un après. Les changements le plus souvent rapportés sont une moindre peur de la mort, un intérêt accru pour les relations humaines et une attention nouvelle à ce qui compte vraiment. Ces transformations peuvent prendre plusieurs années, comme l'a observé l'étude néerlandaise lors de son suivi à huit ans.

L'expérience n'est pas toujours facile à intégrer. Certaines personnes hésitent à en parler, par crainte de ne pas être crues ou d'être jugées. D'autres gardent le souvenir d'une expérience effrayante. Il arrive aussi que l'entourage ne sache pas comment réagir. Quelques repères peuvent aider :

  1. Écouter sans juger : le récit compte pour la personne, quelle que soit l'interprétation que l'on en fait.
  2. Laisser du temps : le sens donné à l'expérience évolue souvent au fil des mois.
  3. Ne pas rester seul si l'expérience trouble le sommeil, l'humeur ou la vie quotidienne : un médecin traitant ou un psychologue peut accompagner ce vécu, en particulier après une réanimation, qui est en elle-même un événement éprouvant.

Cet article a une vocation d'information générale et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.

L'EMI, le deuil et les proches

Les récits d'expérience de mort imminente touchent souvent les familles endeuillées. Lorsqu'un proche est mort après une réanimation ou une longue hospitalisation, on se demande ce qu'il a ressenti à la fin. Ces témoignages, qui décrivent le plus souvent le calme et l'absence de douleur, apportent à certains un réconfort. Il faut cependant rester prudent : ils viennent de personnes qui ont survécu, et la science ne permet pas de savoir ce que vit une personne qui meurt. Chacun reste libre de les lire à la lumière de ses convictions, religieuses, spirituelles ou non.

Dans le deuil, ce qui aide le plus est souvent de pouvoir parler du défunt et de lui dire au revoir d'une manière qui lui ressemble. Nos équipes peuvent vous accompagner pour rendre hommage à la personne disparue, dans le respect de ses volontés et des vôtres.

FAQ

En résumé

L'expérience de mort imminente est un phénomène décrit dans toutes les cultures et désormais étudié par la médecine. Elle concerne une minorité importante des survivants d'un arrêt cardiaque, de l'ordre de 10 à 20 % selon les études. Les recherches récentes montrent que le cerveau peut conserver une activité organisée au moment critique, et plusieurs hypothèses, biologiques, psychologiques et évolutives, sont à l'étude. Aucune ne fait encore consensus. Pour les personnes qui l'ont vécue comme pour leurs proches, l'essentiel reste d'accueillir ce récit avec respect, et de se faire accompagner si besoin.

Cet article présente l'état des connaissances scientifiques à la date de publication. Il ne constitue pas un avis médical : pour toute question sur votre santé ou celle d'un proche, adressez-vous à un professionnel de santé.

Rédigé par l'équipe éditoriale SF Leclerc, réseau de pompes funèbres et de marbrerie funéraire, à partir des publications scientifiques citées.

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